Welsh Rarebit
Partager cet article

0
(0)

Le comité anti-traduction a encore frappé…dans le monde de la gastronomie britannique cette fois. Nous avons déjà parlé des incontournables de la cuisine british (vos sunday roasts, English breakfasts, Victoria cakes etc). Mais êtes-vous familiers avec la cuisine britannique aux noms originaux voir carrément bizarres ? Dans cet article, je vous propose de passer un revue les plats avec des noms rigolos & incongrus que vous trouverez peut-être au pub lors de vos pérégrinations britanniques. Vous rigolerez toujours en lisant le menu, mais au moins vous saurez de quoi il est question 🙂 Voici un récapitulatif des plats britanniques aux noms originaux que vous pourriez trouver au menu:

Toad in the Hole (« Crapaud dans le trou »)

Malgré son nom peu engageant, aucun crapaud ne figure dans le Toad in the Hole, les grenouilles c’est notre tasse de thé, pas vrai ? Ce grand classique anglais se compose de saucisses rôties dans une pâte à Yorkshire pudding (une sorte de pâte à crêpe épaisse cuite au four). Servi généralement avec une bonne sauce à l’oignon, c’est un plat réconfortant du dimanche midi.

Mais pourquoi ce nom de « crapaud dans le trou » ? Plusieurs théories circulent. La plus savoureuse veut que les saucisses, en cuisant, dépassent de la pâte comme des têtes de crapauds sortant de leur terrier. Il fallait y penser ! Ironie du sort, les Anglais qui adorent taquiner les “froggies” français avec leurs grenouilles ont eux-mêmes un plat au nom…amphibien. Quoi qu’il en soit, ne vous fiez pas à son appellation insolite : le Toad in the Hole est un classique que je vous recommande. Un bon plat d’hiver qui tient au ventre !

Source photo ici.

Spotted Dick (« Zizi tacheté »)

Parmi les noms de desserts britanniques qui font franchement rigoler les francophones, le Spotted Dick arrive en tête de liste. Littéralement « zizi tacheté ». Avouez que ça surprend sur une carte de restaurant! Il s’agit en réalité d’un pudding sucré cuit à la vapeur, truffé de raisins secs et de fruits secs, et généralement servi nappé de crème anglaise vanillée. Un dessert on ne peut plus traditionnel en Angleterre, et délicieux une fois qu’on a finit de rigoler avec le nom.

D’où vient cette appellation déconcertante ? “Spotted” fait référence aux petites taches sombres des fruits dans la pâte, et “Dick” était un vieux mot dialectal pour dire « pudding ». Bien sûr, de nos jours, Dick évoque tout autre chose en anglais familier, ce qui fait rire même les Britanniques. La blague a tellement circulé qu’en 2009 la cantine d’un conseil municipal gallois a même rebaptisé le dessert « Spotted Richard » pour éviter les commentaires immatures de certains clients. Rassurez-vous, quel que soit son nom, ce pudding aux fruits reste un grand-père respectable des desserts anglais. Il serait dommage de ne pas y goûter à cause d’un nom un peu trop… couillu, dirons-nous !

Source photo ici.

Bubble and Squeak (« Glouglou et Couic ») et son cousin écossais le Rumbledethumps

Voici un plat qui porte bien son nom onomatopéique. Bubble and Squeak (qu’on pourrait traduire par « glouglou et couic » en français) est un mélange poêlé de restes de légumes et de pommes de terre, typiquement préparé le lundi avec les restes du sunday roast. Choux, carottes, pois, navets: on y jette tout ce qui traîne dans le frigo, on fait dorer à la poêle en formant une galette épaisse, et hop, le tour est joué. Le nom Bubble and Squeak vient du bruit que fait le plat en cuisant dans la poêle, ça bouillonne et ça grésille, un vrai concert de fin de weekend. Pendant la Seconde Guerre mondiale, cette recette anti-gaspi était très prisée pour ne rien gâcher des rations.

Source photo ici.

Et le champion toutes catégories du nom farfelu pourrait bien être son cousin écossais, Rumbledethumps. Non, ce n’est pas un personnage de conte pour enfants, mais une spécialité écossaise à base de purée de pommes de terre, de chou et d’oignons, le tout gratiné avec du cheddar fondu. Le nom évoquerait le bruit des légumes écrasés et tapés (to rumble and thump, « bousculer et cogner »). Sous ces intitulés pour le moins originaux se cache pourtant une cuisine de grand-mère ingénieuse et savoureuse de quoi recycler les restes avec humour.

Welsh Rarebit (« Lapin gallois »)

Malgré son intitulé trompeur, le Welsh Rarebit (aussi écrit Welsh rabbit sur certains menus anciens) n’implique aucun lapin dans la recette. Ouf, les lapins gallois peuvent dormir tranquilles. Il s’agit en réalité d’une manière chic de dire « toast au fromage fondu ». Plus précisément, on nappe une tranche de pain grillé avec une sauce onctueuse à base de cheddar bien fort, de bière (ale), de moutarde et de sauce Worcestershire, avant de la gratiner. Le résultat ? Un en-cas ultra réconfortant, à mi-chemin entre le croque-monsieur (sans jambon) et la fondue.

Source photo ici.

Pourquoi appeler ça Rarebit (un mot vieux qui pourrait signifier « morceau de choix ») et l’associer au Welsh ? L’histoire n’est pas claire, mais l’explication la plus répandue est l’humour ironique des Anglais envers leurs voisins gallois : autrefois, on aurait baptisé Welsh rabbit cette tartine au fromage pour plaisanter sur le fait que les Gallois, trop pauvres pour s’offrir du lapin, se contentaient de cheddar fondu. La blague est peut-être discutable, mais le nom est resté, avec l’orthographe rarebit. C’est un plat que je connais de nom mais que je n’ai pas encore vu dans les pubs & cafés jusqu’à présent.

Haggis (Panse de brebis farcie)

Cap sur l’Écosse avec le légendaire Haggis. Derrière ce nom au son étrange se cache le plat national écossais, réputé pour ses ingrédients peu ordinaires. Un haggis est tout simplement une panse de brebis farcie avec un mélange d’abats de mouton hachés (foie, cœur, poumons), de graisse de rognons, de flocons d’avoine et d’épices, le tout bouilli dans l’estomac de l’animal. Oui, dit comme ça, ce n’est pas très glamour… Les Écossais servent traditionnellement le haggis accompagné de neeps and tatties (purée de rutabaga et de pommes de terre) et arrosé de whisky lors de la Burns Night, une célébration poétique chaque 25 janvier.

Source photo ici.

Malgré son aspect rustique et son concept un brin tordu, beaucoup de curieux admettent que le haggis a un goût savoureux, proche d’une farce de saucisse épicée, à condition de ne pas trop penser à ce qu’on mange. Après tout, en France nous avons bien l’andouillette et le boudin, le principe est similaire ! Le mot haggis lui-même est un terme ancien, sans traduction littérale évidente, qui contribue à l’aura mystique du plat. Goûter du haggis, c’est un peu comme croquer dans une tradition séculaire écossaise… avec courage et humour. Alors, prêt à tenter la panse farcie ?

Stargazy Pie (« Tourte aux étoiles »)

Si vous cherchez le plat britannique le plus photogénique et le plus étrange, la Stargazy Pie pourrait remporter la mise. Son nom poétique signifie « tourte qui regarde les étoiles », et vous allez vite comprendre pourquoi. Il s’agit d’une tourte originaire de Cornouailles, garnie de sardines (ou pilchards) cuites dans une sauce avec œufs et pommes de terre, recouverte d’une pâte dorée au four. Particularité : les poissons y sont disposés tête en haut, leurs petites têtes dépassant à travers la croûte, tournées vers le ciel nocturne comme si ces sardines observaient les étoiles pendant la cuisson. Ca fait son effet !

Source photo ici.

Cette présentation originale donne son nom au plat et s’ancre dans la tradition locale. La Stargazy Pie est associée au village côtier de Mousehole, en Cornouailles, où elle est traditionnellement préparée lors du festival de la veille de la Saint Tom Bawcock (vers Noël) pour célébrer un pêcheur qui, selon la légende, sauva le village de la famine en ramenant une pêche miraculeuse par une nuit d’orage. Placer les poissons le nez en l’air dans la tourte symboliserait les poissons reconnaissants bravoure du pêcheur. Quoi qu’il en soit, pour les étrangers, voir des têtes d’animaux dépasser d’un plat peut sembler un peu spécial… Mais rassurez-vous, si l’on passe l’étonnement visuel, cette tourte de poisson est tout à fait mangeable (à condition d’aimer les sardines, évidemment). La Stargazy Pie résume bien l’esprit britannique : un mélange d’excentricité et de tradition, le tout enrobé de pâte dorée.

Bangers and Mash (« Saucisses et purée »)

Dans la famille « nom de plat terre-à-terre mais un peu coquin », voici Bangers and Mash. Littéralement « pétards et purée », cette appellation fait rire car on imagine mal des explosifs dans l’assiette. En réalité, c’est tout simplement un plat de saucisses accompagnées de purée de pommes de terre, nappé de sauce gravy. Un grand classique des pubs et des foyers britanniques, l’équivalent de notre saucisse-purée du terroir. Mais pourquoi parler de bangers (pétards) pour désigner des saucisses ? L’explication remonte au début du XXᵉ siècle : à l’époque, les saucisses contenaient beaucoup d’eau et avaient tendance à éclater avec un bruit sec « bang ! » à la cuisson si on ne les piquait pas avant de les griller. Le surnom est resté !

banger-and-mash

Source photo ici.

Aujourd’hui, bangers and mash évoque surtout une généreuse assiettée de confort food britannique. On peut utiliser des saucisses de porc traditionnelles, d’agneau, ou même une version végétarienne, peu importe, tant qu’il y a la purée bien beurrée à côté. C’est le genre de plat qui réconforte un soir de pluie. Le nom amuse toujours les anglophiles (et les enfants), mais une fois qu’on y a goûté, on prend le terme banger très au sérieux… parce qu’on en redemande avec un grand bang de satisfaction !

Eton Mess (« la Pagaille d’Eton »)

Voici un dessert qui associe l’élégance et le chaos dans son nom même. Eton Mess, littéralement « désordre d’Eton », est un mélange gourmand de fraises, de meringue émiettée et de crème fouettée, servi en verrine ou en coupe. Contrairement aux desserts bien ordonnés et structurés, l’Eton Mess se présente comme un fouillis sucré d’où son nom. Ce mélange très simple est pourtant divinement bon : le croquant de la meringue se marie au fondant de la crème et à l’acidulé des fraises, un vrai bazar de textures et de saveurs.

Source photo ici.

Pourquoi Eton Mess ? Le dessert serait né à l’illustre collège d’Eton, bastion de l’élite britannique, où il est traditionnellement servi lors du fameux match de cricket annuel de l’école. La légende raconte qu’un pavlova (gâteau à la meringue) aurait été accidentellement écrasé pendant un pique-nique d’Éton, et que les étudiants auraient tout de même mangé le mélange en vrac et ainsi serait né l’Eton Mess. Qu’elle soit vraie ou non, l’histoire colle bien à l’esprit du plat. On a là un dessert sans chichis, so british, qui montre qu’on peut être à la fois aristocratique et décontracté. Après tout, quoi de plus chic qu’Eton, et quoi de plus décomplexé que de servir un « foutoir » en dessert ? À tester lors d’un prochain goûter pour mettre un peu de joyeuse pagaille dans vos traditions culinaires ! On ne le trouve pas très souvent sur la carte des desserts en pratique mais si jamais vous le voyez, laissez-vous tenter, c’est un super dessert.

Jellied Eels (« Anguilles en gelée »)

Les Jellied Eels font partie de ces spécialités londoniennes d’antan qui suscitent des réactions contrastées: curiosité chez les uns, grimace chez les autres. Il s’agit, comme son nom l’indique, d’anguilles servies en gelée froide, autrefois très populaires dans l’East End de Londres. Pour préparer ce mets, on fait bouillir des anguilles coupées en tronçons dans un bouillon aromatisé, puis on laisse refroidir. La cuisson libère du collagène qui fige le bouillon en gelée autour des morceaux d’anguille. On mange le tout froid, parfois avec du vinaigre ou du persil. Certes, voir ces morceaux d’anguilles grisâtres pris dans de la gelée translucide n’est pas l’expérience visuelle la plus glamour. « Ça a meilleur goût que ça en a l’air », assurent les Anglais (évidemment qu’ils diraient ça !).

Source photo ici.

Il faut se remettre dans le contexte : au 19ᵉ siècle, l’anguille abondait dans la Tamise, ce qui en faisait un aliment bon marché pour les classes populaires de Londres. Les jellied eels étaient vendues sur les marchés et consommées à la volée par les ouvriers. Aujourd’hui, ce plat est devenu plus rare (le stock d’anguilles dans la Tamise a fortement diminué), mais on le trouve encore dans quelques pie and mash shops traditionnels de Londres. Pour un Francophone, les anguilles en gelée restent un mystère gustatif – disons que c’est un acquis culturel à essayer une fois, ne serait-ce que pour pouvoir dire « Je l’ai fait ! ». Après tout, on mange bien des escargots et du jambon persillé en France… alors, pourquoi pas des anguilles en gelée very British ? Pour être honnête, c’est un autre plat que je connais de nom mais que je n’ai pas encore croisé dans mes sorties. N’étant pas fan de gelée (mais alors pas du tout !), je ne suis pas sûre du tout que je tenterais l’expérience même si ce plat était disponible ! Je crois que mes limites en gastronomie se situe à peu près à ce plat 🙂

Pigs in Blankets (« Cochons en couvertures »)

Terminons avec une touche ludique et so british : les Pigs in Blankets. Sous ce nom adorable (« cochons emmitouflés ») se cache un incontournable des fêtes de fin d’année au Royaume-Uni. Il s’agit de mini-saucisses cocktail enrobées d’une tranche de bacon, rôties au four jusqu’à ce que le lard soit croustillant. On sert généralement ces bouchées gourmandes en accompagnement de la dinde de Noël ou lors des buffets de fête. Le contraste entre le sel du bacon et le moelleux de la saucisse en fait un délice addictif – difficile de n’en prendre qu’un !

Source photo ici.

Le nom Pigs in Blankets prête à sourire, car on imagine littéralement de petits cochons enveloppés dans des couvertures bien au chaud. Rassurez-vous, aucun porcelet n’a besoin de se glisser sous la couette : ce ne sont que des cochonnailles grillées dans du porc, en somme. D’ailleurs, les Américains ont leur propre version du pig in a blanket, qui désigne un petit hot-dog enroulé dans de la pâte feuilletée. Les Britanniques, eux, restent fidèles au duo saucisse + bacon (forcément, le bacon c’est la vie). Le résultat se grignote sans faim et avec le sourire.

Que retenir de cette escapade gastronomique à travers la Grande-Bretagne insolite ? D’abord, que les apparences et les noms sont souvent trompeurs. Sous des appellations dignes d’un livre de contes ou de blagues potaches se cachent en réalité des plats riches de tradition et de saveurs. Cette créativité lexicale, qu’elle vienne d’anciens dialectes, de jeux de mots ou de plaisanteries historiques, fait partie intégrante de la culture britannique. Elle reflète l’esprit décalé et l’humour so British qui consistent à ne pas se prendre au sérieux, même en cuisine.

La prochaine fois que vous voyagez au UK, n’hésitez pas à commander ces plats aux noms insolites : vous goûterez non seulement à de la bonne cuisine maison, mais aussi à une bonne dose de culture et d’humour britanniques. Cheers et bon appétit ! Et vous, avez-vous eu l’occasion de goûter certains de ces plats ? Les anguilles peut-être ?

Cet article était utile ?

Cliquez sur l'étoile pour le noter!

Note 0 / 5. Nombre de votes: 0

Pas encore de note ! Soyez le premier à noter cet article.

As you found this post useful...

Follow us on social media!

Lucie
Me suivre

Partager cet article

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *